Je mangeais le poulet uniquement pendant les jours de fête

J’ai rarement eu l’habitude de raconter ma vie à cœur ouvert. Ceux qui me connaissent un peu savent quand même que je viens de loin. Ma vie, presque le quart de siècle, et à partir de cet article je vais vraiment commencer à la partager.

J’ai passé ma tendre enfance aux cotés de ma grand-mère (les onze premières années). Je vous dirai pourquoi dans de futurs papiers. Elle était pour moi l’amour, la protection, le guide et ma force. Je la voyais faire tout son possible pour me rendre heureux. Pointue de son état, j’étais la chose la plus précieuse qu’elle avait  sur terre. Autrefois mal à l’aise dans ma peau, je me cherche depuis que je suis né. Je posais tellement de questions dans ma tête. Je me rappelle encore bien : où suis-je?,  Pourquoi je suis comme ça? c’est quoi là-bas? je fais comme celui là? j’ai deux mères? J’étais curieux depuis le ventre ma mère. Car, il me semblait que je ne venais pas sur terre pour la première fois. Mais j’avais tout oublié.

Ma grand mère était la première réalité dont j’ai vraiment pris conscience, je me méfiais des gens mais je ne les fuyais pas. J’allais vers eux pour comprendre. Elle et moi vivions à mambanda dans sa maison. C’était une maison en carabottes, propre à l’intérieur. Ma grand-mère était couturière et commerçante, une femme avec un vécu incroyable. Elle vendait un peu de tout selon les saisons, avocat, caramels, arachides, bois, eau, beignet soufflets et bien d’autres. Elle avait beaucoup d’enfants mais pas beaucoup d’argent. Son argent finissait dans des cotisations, les deuils et sur moi.

Je me rappelle des bons gouts spéciaux de sa cuisine, des plats modestes, mais qui me plaisaient. Le riz sauté, les œufs fris avec le bobolo (bâton de manioc). Elle rentrait parfois des réunions avec le pain viande, et parfois elle préparait le taro. Je m’alimentais de tout cela. Mais l’une des choses  que j’aimais et que je mangeais rarement c’était le poulet. Le budget de ration de ma grand-mère n’était pas gros. 500 frs nous suffisait. 

Mais cette histoire de poulet n’était pas appliqué rien qu’à moi. Autour de moi au quartier, c’était rare, banane malaxée et riz oui! Mais le poulet n’était pas à la portée de nos bourses. Alors c’est très souvent pendant les fêtes de noël et de fin d’année qu’on avait l’occasion. Ou encore, des jours spéciaux de fête  (très rares). Sinon le jour où ma grand-mère faisait des économies, elle achetait pour me faire plaisir un mince poulet qu’on allait manger durant trois jours. Par contre quand on allait manger chez les gens, ce n’était pas toujours le bon délire. Les grands se servaient et nous servaient, on nous donnait les mauvaises parties. Les pattes ou les ailes. Pourtant je voulais aussi me servir à ma guise.

Les choses ont continué comme ça jusqu’à mes 15 ans. Je mangeais le poulet à noël et les jours de fête. Heureusement chez ma tante ma’a chan, il y avait des fêtes et comme j’étais déjà grand et que j’y habitais, j’en profitais.  A 15 ans pendant que je faisais mes vacances chez elle, j’ai mangé le poulet comme jamais dans ma vie, pareil pour les œufs fris, j’aime trop ça. Elle avait une ferme et c’est moi qui m’en occupait.

Aujourd’hui, le poulet n’est plus un luxe pour moi. Mais, pour vous dire la vérité, acheter le poulet a été un acte difficile pour moi, je l’ai toujours trouvé cher pour mes poches. Mais c’était plus du à une séquelle psychologique. C’est en 2013, quand je vivais chez une autre de mes tantes, Mama Monique, ma cousine Éliane me commissionnait souvent lui acheter, le poulet braisé. C’est à cette époque que j’ai pris conscience que je peux aussi m’acheter le poulet. Je le mangeais toujours à des occasions.

J’ai acheté le poulet pour la première fois dans ma vie en 2015, parce j’avais déjà mes moyens et je me suis dit pourquoi me refuser cela. Mais en vérité, c’était les brochettes de poulet de 200 frs qu’on vend au Carrefour Ange raphael à Douala. Puis c’était des morceaux de 300 et 500 fcfa. Toutefois, depuis lors, je me lâche, je mange le poulet au moins deux fois par semaine. Dans les plats que j’achète, en brochette braisé, rôti, ou alors exclusivement. Je sors même parfois 2500 frs pour cela (Bon pas tous les temps hein:sweat_smile:). Le poulet n’est plus un luxe pour moi. Je suis fier de voir comment on a démocratisé  la vente du poulet, avec 200 FCFA, on peu en avoir.

Vous voyez combien de temps il m’a fallu? Et dire que c’est le cas pour beaucoup, que ce soit à Mambanda ou ailleurs. La morale de mon article :  » la pauvreté peut vous affecter psychologiquement, au point que vous faites privation de choses évidentes. Surtout, je souhaite que vous fassiez manger  du poulet à vos enfants et petits frères. Faites l’effort même si vous n’avez pas assez d’argent. Faites le de temps en temps. Et, lorsque vous voulez servir les enfants, servez les bien, ne leurs donnez pas les pattes et vous prenez les cuisses. Ils en ont plus besoin que vous. Comme c’était le cas pour moi. »

Et il n’y a pas que le poulet. Toutes ces bonnes choses qu’on aime manger, mais qu’on ne peut pas s’offrir au quotidien.

9 réflexions au sujet de « Je mangeais le poulet uniquement pendant les jours de fête »

  1. Ce vécu me replonge dans mon enfance. Les plaisirs refoulés du bas-âge resurgissent toujours à l’age adulte. Ils partent se stocker dans le subconscient et reviennent en pompe des années plus tard. J’ai le même traumatisme du poulet et bien d’autres aliments ( viande sans os, plantains…)
    Merci pour l’éveil de conscience. Je ferais plus attention avec mes enfants, car ce que traumatisme m’empêche de les leur en acheter très souvent sauf pendant les fêtes.
    Je comprends pourquoi il est dit que la pauvreté est d’abord une question de mentalité.
    Ça m’a ouvert les yeux et je suis prête à corriger le tir avec mes bébés. Je précise bien mes bébés, pas avec les je m’invite hein! Clin d’oeil à l’oeuvre de Ferdinand Léopold Oyono( l’os de Mot Lam).

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